Ce week-end, nous avons remis Gisou à la mer. Je dis remis, bien que Gisou n'ait, à ma connaissance, aucun vécu de pirate ou de marin. Cela me fait sourire d'imaginer son visage de gentille maîtresse d'école avec un cache-œil. C'est de toute façon tout ce qu'il nous reste d'elle ; sa voix douce, son regard rieur, et son rire étouffé derrière un verre de rosé. Nous avons remis Gisou à la mer, et une mouette nous a accompagnés tout au long du voyage, jusqu'à la bouée cardinale qui alerte le marin d'un danger imminent à l'est. La mer de Dieppe a avalé ses cendres. Elles nourriront les poissons et viendront se noyer dans l'écume des vagues, chatouilleront les pieds des baigneurs frileux. Elles se mêleront à celles d'autres, qui, comme elle, n'ont pas voulu d'une sépulture terrestre et ont fait de la Manche leur dernier lit. Au retour, un ferry qui se rendait en Angleterre a croisé notre route. Ses voyageurs ne se doutaient pas qu'ils passaient près d'une ancienne maîtresse d'école qui écrivait des poèmes majestueux, qui a caché une blessure à son sein pendant des années, et qui riait derrière un verre de rosé.
Au revoir Gisou.
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