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| Emile Friant - La lutte (1889) |
... Mais aussi à cet admirable passage du Roi des Aulnes de Michel Tournier :
"Au demeurant, l'enfant exige impérieusement des jouets qui sont fusils, épées, canons et chars ou soldats de plomb et panoplies de tueurs. On dira qu'il fait qu'imiter ses aînés, mais je me demande si justement si ce n'est pas l'inverse qui est vrai, car en somme l'adulte fait moins souvent la guerre qu'il ne va à l'atelier ou au bureau. Je me demande si la guerre n'éclate pas dans le seul but de permettre à l'adulte de faire l'enfant, de régresser avec soulagement jusqu'à l'âge des panoplies et des soldats de plomb. Lassé de ses charges de chef de bureau, d'époux et de père de famille, l'adulte mobilisé se démet de toutes ses fonctions et qualités, et, libre et insouciant désormais, il s'amuse avec des camarades de son âge à manœuvrer des canons, des chars et des avions qui ne sont que la copie agrandie des joujoux de son enfance."En le lisant la première fois, je n'avais pas été d'accord avec le sens de sa réflexion. Il me semble aujourd'hui qu'il y a du vrai.
Bien sûr, les joutes ne sont pas le seul attrait de Sète. Cette fois-ci, nous n'avons malheureusement pas eu le temps de passer par la Pointe Courte, ce quartier très pittoresque en périphérie de la ville, qui inspira à Agnès Varda son premier film. C'est d'ailleurs à la faveur de ce film que je suis retournée à Sète dans l'espoir de la redécouvrir. C'est souvent le cas. L'impulsion qui me mène vers un lieu a très souvent une origine littéraire, cinématographique ou picturale, quand ce n'est pas tout simplement le nom du lieu qui m'enchante par avance. Je partage avec Victor Hugo ce goût pour l'onomastique, la toponymie en particulier. Pour en revenir à la Pointe Courte, j'avais été frappée par le côté insulaire du lieu — une obsession chez moi. Une île figée dans le temps, vivant comme il y a un siècle, en apparence du moins. Deux enfants torse-nu jouaient dehors, plongeant et replongeant dans les eaux de l'étang de Thau sans se soucier de nous qui les observions. Mais me sentir ainsi spectatrice (j'allais écrire prédatrice) d'un mode de vie à l'opposé du mien me fit ressentir de la gêne, et je ne me suis pas attardée. Heureusement, nous étions seuls, ou presque. Si nous avions été plus nombreux, avec les mêmes intentions que les nôtres, cela aurait franchement fait zoo ! La prochaine fois que j'y retournerai, nous garerons notre voiture à l'entrée de la Pointe et nous nous promènerons simplement.
| source : Midi-Libre |
Hier, nous avons également manqué deux choses qui pourtant me tiennent à cœur : aller saluer, tour à tour, Paul Valéry et Georges Brassens. Rencontre manquée, disais-je ? A chaque fois que je me rends à Sète, j'ai en tout cas en tête le testament enchanté de Brassens, un chanteur que j'aime tout en le connaissant encore bien mal. Dans la famille imaginaire qui grandit en moi depuis l'enfance, il est comme un vieil oncle que je n'ai pas eu le temps de connaître.

